ROXANE L’A PLAQUÉE CONTRE LE GRILLAGE ET A DEMANDÉ : « T’AS PAS PEUR DE MOI ? » — MAIS LA RÉPONSE DE CLAIRE A FAIT DISPARAÎTRE SON SOURIRE – News Skip to content
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ROXANE L’A PLAQUÉE CONTRE LE GRILLAGE ET A DEMANDÉ : « T’AS PAS PEUR DE MOI ? » — MAIS LA RÉPONSE DE CLAIRE A FAIT DISPARAÎTRE SON SOURIRE

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PARTIE 1 — « VOTRE VISAGE ME DIT QUELQUE CHOSE »

— C’est toi, la nouvelle ?

Claire Moreau garda les yeux baissés.

Ses épaules touchaient presque le grillage métallique derrière elle.

Devant elle, les pas lourds de Roxane Vidal résonnaient sur le béton de la cour.

Toutes les autres détenues s’étaient écartées.

Claire comprit immédiatement pourquoi.

Roxane était immense.

Presque deux mètres.

Des épaules larges.

Des bras couverts de tatouages.

Un débardeur bleu marine qui laissait voir une partie des motifs remontant jusque sur son cou.

Elle s’arrêta à moins d’un mètre.

— Oui, répondit Claire.

Roxane sourit.

— On m’a dit que tu posais des questions sur moi.

Claire releva légèrement la tête.

— On vous a mal renseignée.

Le sourire de Roxane s’élargit.

— Ici, personne ne me vouvoie.

— Alors considérez ça comme une nouveauté.

Plusieurs détenues, au loin, échangèrent des regards.

Roxane fit encore un pas.

Claire pouvait sentir son souffle.

— Pourquoi tu me regardes comme ça ?

Claire leva enfin les yeux.

Et cette fois, elle regarda vraiment son visage.

Les pommettes.

La petite cicatrice près de l’oreille gauche.

La forme très particulière du sourcil droit.

Quelque chose se serra dans sa poitrine.

Elle avait déjà vu ce visage.

Pas ici.

Pas en prison.

Sur une photographie.

— Parce que votre visage me dit quelque chose.

Le sourire de Roxane disparut une fraction de seconde.

Puis revint.

— Mauvaise réponse.

Elle tendit une main énorme et attrapa le tissu orange au niveau de l’épaule de Claire.

Elle ne la frappa pas.

Elle tira simplement dessus pour la rapprocher.

— Fais attention à ce que tu racontes.

Claire ne baissa pas les yeux.

— Je fais très attention.

Roxane approcha encore son visage.

— T’as vraiment pas peur de moi ?

Claire marqua une pause.

— Pas pour la raison que vous croyez.

Cette fois, Roxane ne sourit plus du tout.

— Quelle raison ?

Claire regarda brièvement le tatouage qui remontait le long de son avant-bras.

Un petit oiseau noir entouré de trois points.

C’était ça.

Elle en était certaine.

Elle l’avait vu sur la photographie.

Claire murmura :

— Vous connaissiez Sophie Moreau.

Roxane la lâcha immédiatement.

Son visage devint fermé.

— Je ne connais personne de ce nom.

Puis elle tourna les talons.

Claire l’arrêta.

— Elle était ma sœur.

Roxane continua à marcher.

Mais sa main droite s’était mise à trembler.

Claire le vit.

Et elle sut qu’elle venait de trouver la première vraie réponse depuis quatre ans.

Sophie Moreau était morte à vingt-neuf ans.

Officiellement, d’une chute dans un escalier d’un centre de détention provisoire où elle avait passé six mois.

On avait parlé d’accident.

Une enquête interne n’avait relevé aucune intervention extérieure.

Mais trois jours avant sa mort, Sophie avait envoyé une lettre à Claire.

À l’intérieur se trouvait une photographie prise dans une cour.

Sophie souriait.

À côté d’elle se tenait une femme très grande, encore plus jeune, les cheveux noirs attachés derrière la tête.

Au dos, Sophie avait écrit :

« Si quelque chose m’arrive, cherche la femme avec l’oiseau sur le bras. Elle connaît la vérité. »

La photo avait été floue.

Le nom absent.

Pendant quatre ans, Claire n’avait jamais retrouvé la femme.

Jusqu’à aujourd’hui.

Et contrairement à ce que Roxane croyait…

Claire n’était pas arrivée dans cette prison par hasard.

PARTIE 2 — CE QUI S’ÉTAIT PASSÉ À SOPHIE

Claire ne travaillait pas pour la police.

Elle n’était pas infiltrée.

Elle n’avait aucun grade secret.

Elle purgeait réellement une peine de huit mois.

Deux ans plus tôt, elle était comptable dans une petite entreprise de transport.

Son directeur avait falsifié plusieurs documents en utilisant ses accès informatiques.

Claire avait découvert les manipulations trop tard.

Elle avait accepté de signer certaines opérations sans les vérifier suffisamment.

Le tribunal avait retenu sa responsabilité dans une partie des faits.

Elle contestait toujours plusieurs éléments, mais elle avait cessé de prétendre qu’elle n’avait commis aucune erreur.

Son avocat lui avait proposé une demande de placement dans un établissement plus proche de sa mère.

Claire avait demandé celui-ci.

Parce qu’elle avait appris que Roxane Vidal y était détenue.

Elle voulait seulement parler.

Roxane, elle, n’avait aucune intention de le faire.

Pendant trois jours, elle évita Claire.

Puis, un soir, Claire trouva un morceau de papier sous son plateau.

BUANDERIE. 20 H 10. VIENS SEULE.

Roxane l’attendait entre deux rangées de machines.

— Tu n’aurais jamais dû dire son nom dans la cour.

Claire se plaça devant elle.

— Alors vous la connaissiez.

— Oui.

— Comment est-elle morte ?

Roxane détourna les yeux.

— Tu devrais laisser tomber.

— J’ai laissé tomber pendant quatre ans.

— Continue.

Claire sortit de sa poche la vieille photographie pliée.

Roxane la regarda.

Tout son corps se raidit.

— Tu l’as gardée…

— C’était la dernière chose qu’elle m’a envoyée.

Roxane s’assit sur une caisse.

Pour la première fois, elle ne semblait plus immense.

Seulement fatiguée.

— Sophie avait découvert quelque chose.

À l’époque, Roxane se trouvait dans le même centre de détention provisoire.

Sophie travaillait à la bibliothèque.

Un jour, elle avait vu une surveillante remettre discrètement des médicaments à une détenue en échange d’argent.

Puis autre chose.

Des téléphones entraient.

Des messages sortaient.

Certaines détenues recevaient des privilèges.

D’autres étaient punies lorsqu’elles refusaient de participer.

Sophie avait commencé à noter les dates.

— Pourquoi ?

— Parce qu’elle était incapable de fermer les yeux, répondit Roxane.

Claire sourit malgré elle.

— Oui. Ça lui ressemble.

Roxane continua.

Sophie avait voulu transmettre ses notes à son avocate.

Mais quelqu’un l’avait appris.

La veille de sa mort, elle était venue voir Roxane.

— Si je ne sors pas demain, prends ça.

Elle lui avait donné une petite enveloppe.

— Qu’est-ce qu’il y avait dedans ?

Roxane ne répondit pas immédiatement.

Puis :

— Une copie de ses notes.

Claire sentit son cœur accélérer.

— Où sont-elles ?

— Plus là.

— Pourquoi ?

— Parce qu’on a fouillé ma cellule deux heures après sa mort.

Claire devint blanche.

— Et Sophie ?

Roxane ferma les yeux.

— Elle n’est pas tombée toute seule.

Silence.

— Vous l’avez vue ?

— Non.

— Alors comment le savez-vous ?

Roxane se leva.

— Parce que cinq minutes avant qu’on la retrouve, j’ai vu une surveillante l’emmener vers l’escalier de service.

— Son nom ?

Roxane regarda Claire.

— Delmas.

Claire répéta :

— Delmas.

— Adjudante pénitentiaire Élodie Delmas.

— Vous l’avez dit à l’enquête ?

Roxane eut un rire amer.

— Bien sûr.

— Et ?

— Deux jours plus tard, on m’a accusée d’avoir agressé une détenue.

— Vous l’aviez fait ?

— Oui.

Claire resta surprise.

Roxane ne chercha pas à se défendre.

— Je n’étais pas innocente. J’étais violente. J’avais déjà un dossier catastrophique. Il suffisait de dire que je mentais pour me venger du personnel.

— Et vous avez abandonné ?

Roxane serra les poings.

— On m’a expliqué que si je continuais, ma petite sœur perdrait son droit de visite.

Elle regarda Claire.

— J’ai eu peur.

Ce fut la première fois que Claire comprit réellement Roxane.

Pas comme une victime parfaite.

Pas comme une héroïne.

Comme une femme qui avait eu une chance de parler…

et qui avait cédé.

— Pourquoi Sophie m’a-t-elle parlé de vous ?

Les yeux de Roxane brillèrent.

— Parce qu’elle pensait que je finirais par être plus courageuse.

PARTIE 3 — LA PREUVE QUE SOPHIE AVAIT PRÉVUE

Claire aurait pu immédiatement raconter toute l’histoire.

Elle ne le fit pas.

Une accusation vieille de quatre ans ne suffisait pas.

Roxane n’avait pas vu la chute.

Les notes avaient disparu.

Et Élodie Delmas avait quitté l’administration pénitentiaire depuis longtemps.

Il fallait autre chose.

Claire relut toutes les anciennes lettres de Sophie.

Une phrase revenait régulièrement.

« Quand je sortirai, je récupérerai mon livre bleu. »

Claire avait toujours cru qu’il s’agissait d’un carnet.

Roxane secoua la tête.

— Sophie ne possédait aucun carnet bleu.

Puis elle s’arrêta.

— Attends.

— Quoi ?

— À la bibliothèque, il y avait un dictionnaire médical bleu énorme. Personne ne l’empruntait jamais.

Claire comprit.

Une demande officielle fut déposée par son avocat pour que l’établissement d’origine vérifie les archives et les ouvrages conservés.

Par chance, l’ancienne bibliothèque n’avait jamais été entièrement vidée.

Le dictionnaire était toujours là.

Entre la couverture et la reliure intérieure, un petit morceau de plastique avait été collé.

Une carte mémoire.

Sophie avait compris que ses notes papier pouvaient disparaître.

Elle les avait photographiées.

Dates.

Noms.

Messages manuscrits.

Photographies de paquets de médicaments.

Et surtout une image prise depuis la bibliothèque montrant clairement Delmas remettre un téléphone à une détenue connue pour servir d’intermédiaire.

Ce n’était toujours pas la preuve que Delmas avait poussé Sophie.

Mais c’était suffisant pour rouvrir sérieusement le dossier.

D’anciennes détenues furent interrogées.

Une femme finit par reconnaître avoir entendu une dispute dans l’escalier.

Une autre se souvenait d’un cri.

Puis une troisième révéla que Delmas lui avait demandé, le lendemain, de confirmer que Sophie semblait « déséquilibrée ».

Les pièces s’assemblèrent.

La mort de Sophie ne fut plus traitée comme un simple accident.

Delmas fut mise en examen dans le cadre d’une nouvelle enquête portant à la fois sur les trafics internes et les circonstances de la chute.

Roxane fut entendue comme témoin.

La première fois qu’elle entra dans la salle d’audition, elle demanda à Claire :

— Tu crois qu’ils vont me croire maintenant ?

Claire répondit :

— Je ne sais pas.

Roxane fronça les sourcils.

— Merci pour l’encouragement.

Claire poursuivit :

— Mais cette fois, ils n’ont pas seulement votre parole.

Roxane regarda la carte mémoire placée sous scellé.

Puis elle murmura :

— Sophie avait pensé à tout.

— Presque.

— Qu’est-ce qu’elle avait oublié ?

Claire regarda Roxane.

— Que vous finiriez par vous pardonner.

Roxane détourna les yeux.

Quelques mois plus tard, Claire quitta la prison après avoir terminé sa peine.

Le jour de son départ, elle retrouva Roxane dans la cour.

Même grillage.

Même béton.

Même endroit où elles s’étaient affrontées.

Roxane s’approcha.

Claire sourit.

— Vous comptez encore tirer sur mon uniforme ?

— Arrête de me vouvoyer.

— Jamais.

Roxane leva les yeux au ciel.

Puis son visage redevint sérieux.

— Ta sœur m’a sauvé une fois.

Claire fronça les sourcils.

— Comment ?

— Pas comme tu crois.

Roxane montra sa tête.

— Elle m’a convaincue que je pouvais encore devenir autre chose que la personne que j’étais ici.

Claire resta silencieuse.

— Après sa mort, j’ai tout laissé tomber.

— Et maintenant ?

Roxane regarda autour d’elle.

— Maintenant, j’essaie de finir ce qu’elle avait commencé.

Claire lui tendit la main.

Roxane la regarda.

Puis éclata de rire.

— Après tout ça, une poignée de main ?

— Vous préférez quoi ?

La grande femme ouvrit les bras.

Claire soupira.

Puis l’enlaça.

Deux ans plus tard, Roxane sortit à son tour.

Elle commença à travailler dans une association aidant d’anciennes détenues à retrouver un logement et une formation.

Pas parce qu’elle était devenue parfaite.

Elle ne l’était pas.

Elle avait encore un caractère terrible.

Elle parlait trop fort.

Elle intimidait sans le vouloir presque toutes les nouvelles bénévoles.

Mais elle n’avait plus besoin que les autres aient peur d’elle.

Claire conserva la vieille photographie de Sophie.

On y voyait deux femmes dans une cour.

Sophie souriait.

Roxane regardait ailleurs.

Sur son bras, le petit oiseau noir entouré de trois points était clairement visible.

Pendant quatre ans, Claire avait pensé que cette femme était peut-être responsable de la mort de sa sœur.

Puis elle l’avait retrouvée derrière un grillage.

Immense.

Tatouée.

Terrifiante.

Et lorsqu’elle lui avait dit :

« Votre visage me dit quelque chose », Roxane avait immédiatement tenté de la faire taire.

Claire avait cru avoir trouvé une ennemie.

En réalité, elle venait de retrouver le dernier témoin que Sophie avait choisi.

Voilà pourquoi, lorsque Roxane lui avait demandé :

« T’as vraiment pas peur de moi ? »

Claire avait répondu :

« Pas pour la raison que vous croyez. »

Elle n’avait pas peur de Roxane.

Elle avait peur de ce que Roxane allait lui apprendre.

Et parfois, la personne qui semble la plus menaçante dans une histoire n’est pas celle dont il faut se méfier.

Parfois, c’est simplement celle qui porte depuis trop longtemps une vérité que personne n’a voulu entendre.

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